Ce que signifie l’application de la règles d’or
1- Même avec un règle constitutionnalisée, on ne pourra même pas maîtriser les dépenses, puisque, comme le rappelle Nicolas Dupont-Aignan, « car au moment où l’on parle de règle d’or, on est en train de jeter encore 15 milliards d’euros par la fenêtre », a-t-il expliqué en faisant référence au plan d’aide à la Grèce. De plus notre engagement sera plus important en cas de défaut d’un des pays membre du Fonds Européen de Stabilisation Financière (FESF). Lire l’article (1). On tente par une règle de limiter les dépenses mais on créé un tuyau percé qui augmente nos dépenses sans aucune visibilité. Pour respecter la règle d’Or, il faudra mécaniquement réduire nos dépenses au fur et à mesure qu’on abonde le FESF. Nos dépenses dépendent donc de l’état des autres pays européens. La seul chose de sûre, c’est qu’elle ne feront qu’augmenter…
Le lundi 11 Août 2001, on annonce que le « PIB de la Grèce a baissé de 6.9% au second trimestre 2011. ». On est loin de la reprise…
2- Pour obtenir l’aide du FMI, on applique aux états la règle de la conditionnalité (cure d’austérité des services publiques et privatisation des services publiques en échange de l’aide financière) alors qu’on ne demande rien aux banques quand elles sont sauvées par les états. La finance a ce curieux comportement de n’appliquer les règles qu’aux autres et de se défausser pour son propre cas. On l’a vu avec la prise de risque et de sa contre partie de rémunération : la finance fuit dorénavant le risque (qu’elle est supposée assumer) et en cas de défaut, elle fait appel aux états. « Pile je gagne, face je ne perds pas ». Nous ne voyons cela nul part ailleurs.
3- Il n’y avait pas de problèmes de dette avant la crise de 2007. Le « problèmes » arrive avec la focalisation des financiers sur un la dette d’un pays en particuliers afin de mettre en œuvre sa stratégie de pari sur le défaut. Au passage notons que la dette Grecque possède 200% de colatéraux CDS (titre dérivés): non seulement la BCE rachète des titres de dette souveraine mais également les produits dérivés (ceux qui font l’objet de spéculation-casino pur-). Les contribuables européens se voient donc obligés de participer au financement de la dette grecque mais également les titres toxiques, purs fruits de la spéculation et sans rapport avec la dette elle-même. Ceci fait dire à Laurent Pinsolle, porte parole de Nicolas Dupont-Aignan:
« Pour présenter le nouveau plan d’aide aux créanciers de la Grèce aux Français, le gouvernement s’appuie sur un axe de communication assez habile. Le premier consiste à parler d’un plan d’aide à la Grèce. En effet, cela est plus positif que de parler de la réalité, à savoir un plan d’aide aux créanciers de la Grèce, à nouveau les institutions financières. Car sans plan d’aide, la Grèce ferait défaut et ce sont donc les créanciers qui se retrouveraient en difficulté…En fait, il y a deux moyens de sortir la Grèce de son impasse. D’une part, le mécanisme actuel qui consiste à donner de l’argent à Athènes pour qu’elle honore ses créances. Dans ce cas, les institutions financières sont à peu près épargnées (pas totalement, grâce à l’action de l’Allemagne ) et c’est la Grèce qui subit l’austérité et la mise sous tutelle. L’option du défaut aboutirait à l’inverse puisque ce sont les banques qui auraient alors besoin d’aide. Il est intéressant de constater que la solution choisie favorise outrageusement le système financier par rapport aux Etats et aux peuples… « . On le voit bien, comme pour la crise des subprimes, au lieu d’aider les petits propriétaires immobilier à honorer leur échéances, revalorisant ainsi tous les titres qui ont été créés (MBS, CDO, CDS), les états ont préféré racheter des titres valant exactement zéro au prix du marché (faute d’acheteurs). Qu’ils s’agisse de gain ou de d’éponger des pertes les mêmes profitent du système.
4- Dans son blog de mai 2011, Frédéric Lordon rappelle que : la « règle d’or » n’est que la forme constitutionnalisée de l’austérité autodestructrice . Avec un telle règle, on pourra simultanément aller tous le défaut plus rapidement encore. La finance requiert a la fois une croissance et une austérité, reprochant aux états de ne pas pouvoir faire les deux en même temps alors qu’elle reconnaît qu’il est impossible de le faire.
5- La règle d’or est une règle de gestion à long terme or la finance est incapable de se projeter à moyen ou long terme, elle n’exige que des positions qui lui rapporte des revenus immédiats quelque soit le sujet, le produit, le risque, l’événement, etc.
6- La récession et l’austérité amèneront des troubles sociaux plus rapidement. Les élections de 2012 éviteront de parler des conséquences de cette règles. Une fois passée, les électeurs pourront vivre en direct les conséquences : chômage, perte de valeur de l’épargne, paupérisation des classes ouvrières et des classes moyennes basses. La majorité au pouvoir pourra sans complexe, car « légitime » (sic) mettre en œuvre toute la panoplie de mesures anti-sociales en la justifiant avec un discours dit de « vérité » (voir le décryptage du discours de François Copé). La population risque de ne pas apprécier qu’une entité externe non élue (BCE, agence de notation), analyste financier, viennent lui imposer des règles politiques qui ne font que réduire toujours plus leur acquis. Et Nicolas Dupont-Aignan d’insister :
- « Si on ne s’occupe pas de l’économie réelle, on va arriver à des déserts sociaux et à des révoltes politiques »
- « Il y a une petite caste bancaire qui profite des budgets nationaux sans aucun scrupules ! Cette année, les banquiers français se sont attribués 2 milliards d’euros de bonus et les anglais 16 milliards ! Tout cela pour prendre l’argent des épargnants afin de les jouer sur les marchés. C’est du vol ! »
- « Ils ont créé un système qu’ils soutiennent à mort, un euro surévalué de 40% qui ne permet plus aux entreprises de vendre ! Ils ont fait en sorte que les grandes entreprises du CAC 40 qui délocalisent ne paient pas d’impôts… La seule chose qu’ils savent faire c’est se réunir pour dire : ’on va réduire les dépenses’ ! »
et Gérard Lafay :
- « le néocapitalisme tend à ne produire que de la finance parasitaire »
Enfin, 3 remarques du député Arnaud Montebourg le 19 août 2001 au journal de 20h00.
- La règle d’Or existe déjà: elle est inscrite dans le traité de Mastrich
- Nous n’avons pas appliquée la règle d’Or pendant les périodes fastes et il faudrait l’appliquer maintenant ? Nous serions dans une situation encore plus difficile pour rembourser notre dette avec une économie en récession.
- Sarkozy a cumulé en tant que ministre du budget et président des augmentations importantes de déficits
7- Selon Fillon : « Cela – l’adoption de la règle d’or- donnera à l’assainissement dans la durée des finances des pays de la zone euro une crédibilité qui permettra de rétablir la confiance et de décourager la spéculation » 19 août 2011. Malheureusement, rien ne peut prévoir, encourager ou décourager la finance. La finance passe son temps à anticiper sur tout dans un sens ou dans l’autre. Même lorsqu’elle est convaincue de l’impasse de titres (CDS sur des CDO), elle persiste de manière moutonnière pour prendre des bénéfices, le temps qu’il faudra pour ensuite espérer se retirer à temps. Pourquoi continuer à la rassurer? Le seul outil qui puisse casser la spéculation sur la monnaie est la capacité donnée à la banque centrale de créer de la monnaie de manière illimitée. Ce qui est refusé à la BCE et aux banques centrales nationales.
Existe-t-il d’autres règles qui pourrait êre gravé dans le marbre constitutionnel ? Par exemple : ‘Ramener le chômage, la misère et la délinquance à zéro »
Financial Times. « sa proposition d’intégrer dans la constitution la règle d’or qui obligerait à l’équilibre budgétaire n’est qu’une diversion. La France doit délibérer, pas se précipiter ». De quoi rassurer vraiment les milieux financiers ….
Henri Sterdyniak, économiste à l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques). Tout cela, c’est oublier que le problème économique de la France, ce n’est pas de réduire les déficits et la dette, c’est relancer l’activité et l’emploi. ». 24 Août 2011
Liens:
(1) Marianne2
(2) Article sur le livre de Laurent Pinsolle
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Article du nouvelobs
La règle d’or des finances publiques : une idée trop simple pour être efficace
ÉCONOMIE. La règle d’or – qui vise à mener le pays à l’équilibre budgétaire – est présentée par ses promoteurs comme une mesure « de bon sens », une « preuve de responsabilité ». Ce que conteste farouchement le blogueur Alekseï Stakhanov, qui a passé en revue ce projet.
Sélectionné et édité par Hélène Decommer
Alors que la crise financière se poursuit avec désormais des interrogations sur la soutenabilité des dettes publiques nationales, comme l’attestent la crise grecque et la dégradation de la note financière des États-Unis par Standard and Poor’s, le gouvernement français propose l’instauration d’une « règle d’or » des finances publiques.

Il s’agit d’inscrire dans la Constitution, norme juridique supérieure en droit français, la volonté de supprimer l’endettement de l’État. Une telle mesure aurait pour vertu, en limitant le déficit et l’endettement des États, de rassurer les marchés financiers et de garantir un endettement soutenable à moyen et long terme.
Autant le dire de façon directe, le projet de loi constitutionnelle relatif à l’équilibre des finances publiques adopté en dernière lecture le 13 juillet 2011 donnera bonne conscience au gouvernement et à ceux qui le voteront mais ne servira absolument à rien.
Un projet de loi qui se trompe sur la nature de la crise financière et économique
Le projet de loi, qui doit encore être approuvé par référendum ou par le Parlement réuni en Congrès, constitue une erreur d’analyse sur la nature de la crise actuelle.
Si en effet, la bonne gestion des deniers publics et un déficit soutenable sont des objectifs pertinents, l’Exécutif fait de l’endettement des Etats la cause première de l’actuelle crise financière et économique mondiale. Pourtant, la crise de 2008 est née sur les marchés financiers (crise des subprimes) et sur l’incapacité des acteurs financiers à analyser le risque de produits toujours plus complexes.

(Sipa)
Si l’endettement des Etats était déjà élevé en 2008 (68 % pour la France par exemple), le fort accroissement de la dette depuis deux ans (82,3 % du PIB soit 1.600 milliards d’euros fin 2010) vient principalement des plans de relance et de sauvetage des institutions financières et surtout du fort ralentissement économique consécutif à la crise financière.
Les recettes de l’Etat se sont ainsi fortement contractées puisque de 286 milliards d’euros en 2008, elles ont diminué de 33 milliards d’euros en 2009 (253 milliards d’euros de recettes) pour remonter à 266 milliards d’euros, somme inférieure à l’exercice 2008 (premier graphique de la page 2).
L’endettement des Etats depuis 2008 a plutôt joué un rôle stabilisant puisqu’il a contribué à limiter la récession et à relancer l’activité.
L’endettement des Etats est la conséquence de choix politiques délibérés
L’endettement des États est le résultat de dépenses publiques supérieures aux recettes. Sur ce point, on peut dire que le président Sarkozy a délibérément pris le parti d’augmenter la dette, lui qui a réduit les impôts, notamment en faveur des plus riches avec le bouclier fiscal (créé par Dominique de Villepin mais renforcé sous sa présidence) et qui a multiplié les cadeaux en faveur de sa clientèle politique (TVA à 5,5 % dans la restauration sans contrepartie).
Le fait que celui même qui a augmenté l’endettement public de la France dans des proportions considérables soit le promoteur d’une règle d’or visant à limiter le déficit et l’endettement apparaît tragiquement ironique.

Il faut dire que l’endettement de l’Etat est un choix délibéré : il s’agit en fait de supprimer services publics et politiques sociales en le justifiant par le niveau excessif de l’endettement. Tout est fait pour creuser les déficits par la diminution des impôts afin remettre en cause l’Etat-providence et réduire le périmètre des services publics.
Une règle d’or qui réduira encore les pouvoirs du Parlement
Souvent cités en exemple pour justifier la règle d’or proposée en France, l’Allemagne et le Royaume-Uni n’empêchent pas tout déficit public. Au Royaume-Uni, il est possible de s’endetter pour investir, le niveau des déficits étant défini sur un cycle économique.
En Allemagne également, il est possible de s’endetter pour investir en cas de circonstances exceptionnelles. Toutefois, la révision constitutionnelle du 12 juin 2009 limite à partir de 2016 l’endettement à 0,35 % du PIB, si bien qu’une partie seulement des investissements pourra être financée par l’emprunt.
Définie ainsi, une telle règle d’or apparaît contestable au regard des pouvoirs traditionnels des Parlements qui se sont imposés en Europe face à l’Exécutif par leur capacité à voter l’impôt et le budget de l’Etat. Définir une règle d’or revient alors à réduire encore les prérogatives des Parlements et il est paradoxal de voir l’Assemblée nationale et le Sénat voter pour une loi constitutionnelle qui restreindra encore un peu plus leurs prérogatives au profit de l’Exécutif.
Le projet de loi constitutionnelle n’est pas de nature à éviter tout déficit
Quand bien même le gouvernement souhaiterait instaurer une règle, de valeur constitutionnelle, pour lutter contre les déficits, le projet de loi constitutionnelle voté le 13 juillet 2011 ne le garantirait pas. Celui-ci créé en effet, dans son article 1er, des lois-cadres d’équilibre des finances publiques fixant pour trois ans au moins le cadre d’évolution des finances publiques dont l’objectif est l’équilibre.
Le dispositif a le mérite de la souplesse puisqu’il offre la possibilité de rechercher l’équilibre sur la durée d’un cycle économique et non pas sur un seul exercice budgétaire.
Le problème reste que si les données macro-économiques indiquées dans ces lois-cadres ne sont pas sincères – ou bien erronées – les lois de finances qui devront respecter ces dispositions ne le seront pas non plus et ne permettront aucunement d’assurer l’équilibre entre recettes et dépenses.

(Sipa)
L’existence de « lois de programmation des finances publiques », qui fixent pour trois ans l’évolution des déficits et de la dette, atteste qu’il ne suffit pas de voter une loi pour atteindre ses objectifs en matière de déficit et d’endettement puisqu’elles n’ont jamais été respectées.
Le Conseil constitutionnel, chargé par l’article 10 de vérifier de la conformité des lois de finances et de financement de la Sécurité sociale aux nouvelles lois-cadres, ne pourra sanctionner ni la non- sincérité des lois de finances ni le fait qu’elles se fondent sur des prévisions macroéconomiques erronées ou dépassées : il ne pourra que statuer sur la conformité des lois de finances aux lois-cadres mais non sur le fond, à savoir les hypothèses macro-économiques sous-jacentes inscrites dans les lois-cadres. Son contrôle sera donc purement formel et si le gouvernement, appuyé sur une majorité docile, veut retenir dans les lois-cadres des projections économiques irréalistes, il en conserve la possibilité.
Un projet de loi purement formel
Le projet de loi constitutionnelle pèche surtout par son caractère formel. Dans la logique des promoteurs de la règle d’or, tout semble dépendre de la loi de finances initiale et des équilibres qu’elle définit, mais non pas de l’exécution du budget.
Or en matière de finances publiques, il existe un décalage entre la loi de finances initiales, c’est-à-dire les prévisions de dépenses et de recettes, et ce qui a été réellement réalisé et que retrace la loi de règlement. C’est l’écart constant entre les prévisions indiquées dans la loi de finances initiales et les résultats inscrits dans la loi de règlement qu’il conviendrait d’analyser : il est souvent dû à des hypothèses macro-économiques beaucoup trop optimistes et à une gestion inefficiente de l’argent public et le projet de loi constitutionnelle n’y changera rien.
La loi organique relative aux lois de finances de 2005 (LOLF) visait à rehausser le rôle de la loi de règlement pour donner au Parlement un plus grand pouvoir de contrôle sur l’exécution des lois de finances. Six ans après son entrée en vigueur, on peut constater que le Parlement n’a pas utilisé son pouvoir de contrôle sur le gouvernement, le débat parlementaire relatif à la loi de règlement restant avant tout confidentiel.
Un principe de sincérité des lois de finances qu’il convient de renforcer
La question de la sincérité des projections macro-économiques dans les lois de finances reste une question centrale. Les lois de finances sont en effet construites autour d’hypothèses de croissance.
Si la croissance est inférieure aux estimations, le déficit sera plus important que prévu en raison des moindres recettes fiscales, alors qu’une croissance supérieure aux prévisions permet de dégager des marges de manœuvre.

(Sipa)
Une solution permettant de renforcer la sincérité des lois de finances consisterait à obliger l’Exécutif à retenir des hypothèses macro-économiques définies par un organisme indépendant. Ainsi auraient-elles plus de chances d’être sincères. Le Parlement pourrait également être associé à la définition des hypothèses macro-économiques et même à la rédaction du projet de lois de finances, laquelle reste une prérogative de l’Exécutif.
Une telle solution aurait pour mérite de renforcer considérablement les pouvoirs du Parlement. Des mécanismes d’alerte dans l’exécution des lois de finances pourraient aussi être définis et contraindre les pouvoirs publics à prendre des mesures de redressement en cas de dépassement des objectifs.
La règle d’or voulue par le président Sarkozy ne permettra pas de lutter contre les déficits publics et apparaît surtout comme un outil de communication à destination des marchés financiers et des électeurs à qui l’on veut faire croire qu’une simple loi, fut-elle constitutionnelle, modifierait la façon dont l’argent public est géré.
Surtout, elle dispense la classe politique de toute réflexion sur l’intérêt économique de la dette et de son utilité pour financer des dépenses d’intérêt général et d’investissement. En outre, elle contribue à affaiblir un Parlement qui semble toujours peu enclin à exercer les prérogatives qu’il tient de la Constitution.
Auteur parrainé par Simon Porcher